50 Ans theatre yiddish Dora Wasserman

Programmes de théâtre pour enfants et adolescents

Au cœur du Théâtre Yiddish Dora Wasserman depuis 1951

Les programmes de théâtre destinés aux jeunes occupent une place spéciale en étant au cœur du Théâtre Yiddish Dora Wasserman. Depuis plus de 50 ans, ils font leur chemin et attirent enfants et adolescents, parfois même au détriment du volet dédié aux adultes. D'un petit noyau apparu en 1951 sont nées des générations d'acteurs et d'auditoires, des fervents de la dramaturgie yiddish. Le charisme et le talent de la fondatrice, Dora Wasserman, ainsi que l'apport exceptionnel de la présente directrice artistique, Bryna Wasserman, ont généré un vif intérêt pour les arts de la scène et la culture yiddish. Des centaines de jeunes se sont inscrits à ces programmes et, maintenant, un flot continu de jeunes acteurs constituent la pierre angulaire du Théâtre Yiddish.

Depuis 57 ans, les jeunes participent à des ateliers et à une représentation annuelle destinée à un public d'âge scolaire et à leur communauté. Ces étudiants ont déployé leur talent dans plus de 41 pièces de leur cru (lien à Productions JAJA) et certains ont joué un rôle dans les productions du Théâtre Yiddish.

Bien que tous ces jeunes n'aient pas choisi la carrière d'acteur, tous ont acquis une meilleure compréhension d'eux-mêmes et de la vie, et appris à mieux apprécier la créativité et les arts de la scène. Leur estime pour le Yiddish Théâtre Yiddish et la culture yiddish demeure omniprésente.

Pour en savoir davantage…

Changements de nom, mêmes objectifs

Le volet jeunesse du Théâtre Yiddish Dora Wasserman a porté divers noms : Programme pour enfants, Programme pour enfants et adolescents, et depuis les vingt dernières années, il s'appelle JAJA, Jeunes acteurs pour Jeunes auditoires (lien). Toutefois, les objectifs sont les mêmes, soit faire en sorte que les jeunes apprennent à mieux connaître leur héritage juif par le biais du théâtre et partagent ces acquis avec leurs pairs dans le cadre des représentations publiques.

Dora Wasserman voulait mettre en valeur les mérites du théâtre destiné aux enfants et de la formation dramatique (lien à Biographie de Dora), en s'appuyant sur les assises ancrées à l'époque de l'ancienne Union soviétique. Elle a mis en place des ateliers hebdomadaires pour enfants. Ces ateliers leur permettaient de s'amuser en faisant « des jeux imaginaires », propices à l'improvisation et à la création de sketchs. Ignorant le « pourquoi » de ces exercices, les enfants assimilaient petit à petit l'art dramatique selon la méthode de Stanislavski, laquelle repose sur l'analyse des motivations et des émotions des personnages pour pouvoir les incarner avec réalisme et authenticité. En grand nombre, les enfants apprenaient le yiddish. Chansons, discussions sur la vie, littérature et héritage culturel faisaient aussi partie du programme.

Premier jalon : le Jewish Public Library de Montréal

Les premiers ateliers de théâtre ont été tenus au Jewish Public Library fréquenté par un contingent d'étudiants du Abraham Reisen School of the Workmen's Circle. Ces étudiants qui parlaient le yiddish ont présenté leur première production au début des années 50. David Rome, alors directeur du Jewish Public Library, fut à ce point impressionné du succès de ce programme éducatif qu'il fit ajouter une scène et un auditorium adéquats dans les plans de la future Jewish Public Library (lien), rue Mont-Royal. Chaque année, d'autres groupes, issus des autres écoles, surtout yiddish - Jewish People' School ou Jewish Peretz School -, se formaient (lien). À un moment donné, plusieurs ateliers étaient offerts simultanément à divers groupes d'âge. Lorsque le Théâtre Yiddish a trouvé un siège permanent au Centre Saidye Bronfman à la fin des années 60, le volet pour enfants a emménagé au même endroit.

Les jeunes de la compagnie JAJA développent plusieurs aspects et atouts : sensibilité, conscience de soi, art oratoire, créativité, amour de la musique, discipline, sens de l'analyse, sens d'équipe, concentration, lien émotif avec le yiddish et appréciation de leur culture.

Groupe du vendredi soir

Lorsque les jeunes des années 50 sont devenus des adolescents, puis des adultes, Dora Wasserman a incité les plus talentueux à former le « Groupe du vendredi soir », en empruntant une approche informelle et éducative par excellence. On y apprenait des chansons yiddish, discutait de littérature et de divers courants en suivant de près la vie culturelle de Montréal et en s'intérressant aux œuvres marquantes, françaises, anglaises ou yiddish. David Rome, directeur du Jewish Public Library, agissait en mentor. Il travaillait étroitement avec Dora Wasserman pour organiser des rencontres avec les artistes, poètes, compositeurs et écrivains juifs les plus significatifs du Canada et d'ailleurs. Les filles de Dora, Ella et Bryna, faisaient partie du groupe. À un moment donné, la maison d'Ella fut même le lieu de rencontre, et ce, jusqu'à son départ pour Israël en 1977.

Ce groupe a présenté quelques productions originales, dont Andorra en 1965, œuvre du dramaturge suisse Max Frisch écrite en 1961. Le designer du décor était un artiste montréalais bien connu, Seymour Segal. La pièce, présentée à l'auditorium du Jewish Public Library, rue Mont-Royal, fut un tel succès que le Théâtre Yiddish l'a reprise, par après.

Plusieurs membres du Groupe du vendredi soir ont participé aux productions du Théâtre Yiddish. Certains ont connu une notoriété en tant qu'artistes, chercheurs, directeurs d'école, professeurs ou médecins. En somme, ils ont été à la « bonne école », en acquérant une expérience enrichissante. Ces mêmes personnes ont contribué par la suite au rayonnement de l'héritage culturel juif à Montréal et d'autres villes. Sur la scène montréalaise, dans les coulisses de toute programmation authentiquement juive et yiddish se trouve l'un des membres du Groupe du vendredi soir. Bryna Wasserman, la présente directrice artistique du Théâtre Yiddish de Montréal (lien à Biographie de Bryna Wasserman) et de la compagnie JAJA est un exemple très crédible des réussites de ces gens de talent.

Création de JAJA

Le nom JAJA, Jeunes acteurs pour Jeunes auditoires, est la version française de YAYA, (Young Actors for Young Audiences). Il a été choisi pour désigner le volet jeunesse vers 1985, après la production de la pièce Le piano d'Aviva s'inspirant d'un livre de Miriam Chaikin. Ce livre portait sur l'arrivée de la petite-fille de Dora dans un kibboutz d'Israël, dans lequel abondaient les « Ya-Ya », signifiant « oui » en yiddish et « yeah » en anglais. Cette expression familière « colle » très bien aux jeunes qui aiment les débordements de plaisir (Les Beatles - She loves you, yeah, yeah, yeah).

Considérant que la seconde génération née au Canada ne parlait pas le yiddish couramment, cette pièce a d'abord été jouée avec dialogues en anglais et chansons en yiddish. La compagnie JAJA l'a reprise comme tel (vidéoclip de Ish Chasid Haya).

Nommée directrice du Théâtre Yiddish en 1996, Bryna Wasserman (lien à Biographie de Bryna Wasserman) se consacre également au programme pour enfants. Diplômée en régie théâtrale à la Tish School of Fine Arts de New York, elle continue d'offrir aux jeunes une plateforme fertile à l'expression créative, à l'introspection, aux enjeux et aux idéaux sociaux, tout en traçant la voie pour accroître la compréhension interculturelle.

« Je crois fermement que le théâtre, point de convergence de tous les arts, peut aider les jeunes à comprendre le monde actuel, à avoir une réflexion plus articulée et à clarifier leurs valeurs. Par son caractère immédiat, le théâtre a le pouvoir de susciter un engagement émotif. »

Points saillants de sa carrière

Bryna Wasserman valorise son implication dans la compagnie JAJA et, tout particulièrement, le succès retentissant de la production No More Raisins, No More Almonds, (lien à Pièces). (lien au vidéo de Raphael Levy), un fleuron de sa longue carrière. Cette pièce de l'auteure Batia Bettman parle des jeunes pendant l'Holocauste et insère des chansons yiddish ayant pour thème les enfants. Ces chansons ont été composées et interprétées dans les ghettos durant la Seconde Guerre mondiale.

Bryna a dirigé deux groupes de 36 à 50 étudiants dans le cadre de nombreuses représentations. Cette pièce a pris la vedette des milliers de fois (lien à Tournées, section Jeunesse) en fascinant de vastes auditoires tant à Montréal que lors de tournées à Toronto, Ottawa, Québec et Virginia Beach, États-Unis.

Bien que Bryna n'ait plus à faire ses preuves comme directrice artistique, elle maîtrise l'art de travailler avec des groupes volumineux d'enfants et d'adolescents. Elle est entourée de jeunes acteurs émérites et d'une équipe bien rodée, hautement professionnelle, pour polir chaque production selon des critères élevés. De plus, Bryna anime les échanges entre les acteurs et l'auditoire après les représentations afin de tirer des leçons de l'Holocauste et de renforcer la tolérance dans le monde actuel.

« Les acteurs en herbe apprennent que ce métier exige non seulement du talent, mais aussi des efforts acharnés, du focus, un fort sens d'équipe et de la discipline. Je suis fière qu'ils soient devenus des ambassadeurs de la tolérance. Bien que cette pièce aborde un sujet déchirant, travailler avec ces adolescents et une solide équipe est à la fois stimulant et emballant. »

Bryna compose maintenant avec une génération d'enfants et d'adolescents qui méconnaissent de plus en plus le yiddish. Cependant, elle a réussi à leur inculquer une grande fierté envers le yiddish ainsi qu'envers l'héritage culturel et l'histoire des Juifs.

Les témoignages sont éloquents. À maintes reprises, les jeunes acteurs ont signifié ouvertement qu'ils ont davantage découvert leurs racines en faisant partie de la compagnie JAJA qu'en étant sur les bancs d'école pendant des années (voir vidéo de Raphael Levy).